Empirical — Like Lambs: To The Slaughter
Huitième album du collectif britannique Empirical, Like Lambs: To The Slaughter arrive avec une équipe redessinée. Le départ aux États-Unis du vibraphoniste Lewis Wright, membre de longue date, a laissé un vide que le groupe n'a pas cherché à combler à l'identique : autour du trio resserré Nathaniel Facey (saxophone alto), Tom Farmer (contrebasse) et Shaney Forbes (batterie), le pianiste Ivo Neame et le guitariste David Preston viennent élargir la palette en invités. C'est là que l'écoute « basse » devient intéressante. Privée de l'épine vibraphonique qui structurait jadis ses harmonies, la musique reporte une partie de cette charge sur la contrebasse. Tom Farmer, cofondateur et pivot rythmique du groupe, se retrouve à arbitrer en permanence entre fonction d'ancrage et liberté mélodique — d'autant que le piano de Neame dialogue avec lui sur le terrain harmonique plutôt que de l'y remplacer. L'archet et le pizzicato se partagent l'ouvrage selon les mouvements, la contrebasse passant tour à tour du socle au contre-chant. Conçu à l'origine par le batteur Shaney Forbes comme une suite au long cours, d'abord parue en EP, le disque se déploie ici en un récit continu de 51 minutes, sans rupture. Il traverse une terre mouvante entre musique contemporaine, paysages sonores, post-bop et free, fidèle à la filiation revendiquée du jazz des années 1960. Le propos — pensée indépendante contre comportement de troupeau, frontière entre innocence et ignorance — colle au titre, et la forme même de l'œuvre, un arc ininterrompu, en devient le manifeste : une invitation à résister à l'attention fragmentée. Dans le grave, l'album vaut surtout comme leçon de fonction : comment une contrebasse soutient un édifice collectif quand on lui retire l'un de ses piliers. Exigeant, parfois âpre, mais payant pour qui accepte de s'immerger d'un seul tenant.