William Parker & Hamid Drake — First Communion
Brooklyn, 1er avril 2000. Quatre-vingts places, une salle qui est aussi le QG d'un label, un billet photocopié au coin de la rue — et les retardataires relégués au sous-sol, à écouter à travers le plafond en jouant au billard. Ce soir-là, Parker et Drake se produisent en duo pour la première fois. Steven Joerg avait organisé le concert comme un échauffement : trente-six heures plus tard, les deux hommes entraient en studio pour Piercing The Veil. L'échauffement valait la séance. Six plages, un seul mouvement en réalité, où le duo circule sans emphase entre les continents : balafon et tabla, doumbek et frame drum, shakuhachi qui ouvre un couloir d'air au milieu des peaux, et la contrebasse qui ne rentre qu'en dernier — mais alors avec une telle poigne qu'elle sature le micro sur la troisième partie. Le label prévient : ce n'est pas votre système, c'est l'attaque de Parker. On l'entend comme une signature plutôt que comme un défaut. Ce qui frappe, c'est l'absence de démonstration. Deux musiciens capables de tout se contentent d'écouter, de laisser les cycles s'installer et se dissoudre. Le public, prié de retenir ses applaudissements jusqu'à la fin, y est pour beaucoup : on entend la salle tenir son souffle. Joerg refuse de commenter la qualité du concert ; il dit simplement que la pièce était sainte. On le croit sur parole. Premier retour du concert intégral depuis le double CD de 2007. Indispensable à qui suit ce duo depuis vingt-cinq ans.